Un système financier carboné

Ce sont les capitaux d'aujourd'hui qui façonnent le monde de demain

Vendredi 27 mars 2020 - 3 min         

Article 1
Problème

Notre argent n’est pas neutre

Placé sur un compte courant, un livret d’épargne, une assurance vie, notre argent permet aux banques de financer des entreprises qui aggravent le réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité

4,5 x

fois plus d’émissions de gaz à effet de serre ont été générées par les banques françaises en 2018, que la France entière, via leur seule activité de financement

167 M€

sont destinés chaque jour au financement du charbon, du pétrole & gaz, des sables bitumineux par les quatre principales banques françaises. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter depuis les Accords de Paris

4°C

d’augmentation des températures mondiales, garantis par les seuls projets carbonés qui sont actuellement financés par le système financier

Sources : Banking on Climate Change 2020, Oxfam, les Amis de la Terre, ONU, the Guardian

Utiliser la finance pour agir contre le réchauffement climatique

Depuis quelques années les considérations environnementales sont grandissantes et ont induit des évolutions importantes des modes de consommation. Conscients de notre impact sur la planète, nous essayons par une série de « petits gestes » de limiter notre bilan carbone et notre impact sur la biodiversité.

Par exemple, un nombre croissant de Français n’achète désormais plus de fruits et légumes hors saison, privilégient les produits locaux, diminuent l’utilisation de la voiture et de l’avion, mangent moins de viande, etc… Et ces préoccupations se retrouvent dans les sondages, en effet le réchauffement climatique est aujourd’hui une préoccupation majeure pour 42% des Français,devant le pouvoir d’achat (41%), la santé (37%) et l’emploi (32%) [1].

Pourtant seulement 10% d’entre nous répondent « oui » à la question « savez-vous quoi faire à votre niveau pour lutter contre le changement climatique ? »[2] Une des solutions qui est rarement citée et qui pourtant participe au gros de notre impact carbone est notre épargne !

La responsabilité des banques dans le réchauffement climatique

Notre argent est placé en banque, dans des assurances vies, des comptes épargnes, etc et finance à notre insu les énergies fossiles. Les quatre plus grandes banques françaises [3] orientent encore 70% de leurs financements énergétiques vers les énergies fossiles [4] contre 20% vers les énergies renouvelables.

Dans le monde, entre la signature de l'Accord de Paris en 2015, visant à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, et fin 2019, les banques ont dirigé 2.700 milliards de dollars vers des projets d'énergies fossiles, d'après le dernier rapport Banking on Climate Change [5].



Cela démontre à nouveau la responsabilité des banques, au même titre que les “majors” pétrolières dans le réchauffement climatique. Malgré la multiplication des annonces en faveur d’une sortie progressive des secteurs à risque pour l’environnement, les financements ont augmenté de +15% entre 2016 et 2019. Les banques françaises ne sont pas en reste avec 215 milliards d’euros de financements carbonés accordés sur cette période, BNP Paribas arrivant 13ème du classement mondial et la Société Générale 22ème.

N'attendons plus pour agir

Il y a pourtant urgence ! Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre devenu envoyé spécial de l’ONU sur les questions d’action climatique et de finance, prévient que les institutions financières ont déjà financé à l’heure actuelle suffisamment de sources de carbone pour garantir une augmentation de 4° des température mondiales, au-dessus des niveaux préindustrielles.

Chercher plus de transparence dans la banque

Aujourd’hui nous devons réorienter notre épargne vers des projets responsables et durables qui représentent un levier puissant de décarbonisation de l’économie ainsi qu’une incroyable opportunité de profiter de la vague actuelle de transition d’un monde carboné vers un monde décarboné.

Nous avons trois façons d’agir et de faire valoir nos revendications pour lutter contre le réchauffement climatique :

- En tant que consommateur : en choisissant de consommer des produits durables et d’acheter à des entreprises respectueuses de l’environnement

- En tant que citoyen : en choisissant des élus préoccupés par les sujets environnementaux et qui agissent dans ce sens

- En tant qu’épargnant : en choisissant de financer des entreprises durables

Or aujourd’hui les banques sont très opaques sur leurs financements et sur les entreprises que notre épargne sert à financer [6]. Et ce n’est pas qu’à travers notre assurance vie ou notre compte titre que nous finançons des entreprises contraires à nos valeurs à nos dépends. Par le biais des dépôts bancaires sur nos comptes courants, les banques utilisent également des outils tels que les financements de projets ou les prêts aux entreprises pour financer les énergies fossiles.

Agissons avec notre épargne contre le changement climatique

Alors pourquoi permettre de financer une entreprise par le biais de son épargne alors que nous la boycottons en tant que consommateur d’autre part ? Parce qu’aujourd’hui nous n’avons aucune alternative pour éviter de financer des entreprises contraires à nos valeurs. Pourtant nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que les gouvernements et les entreprises décident de régler les problématiques environnementales.

Avec le projet Helios, nous voulons construire l’alternative. La finance est notre meilleur atout pour provoquer le changement de nos industries et nos modes de consommation, en faisant émerger et en accompagnant sur la durée des entreprises qui trouvent des solutions aux défis environnementaux.




Sources:

[1] Sondage IPSOS réalisé sur un échantillon de 1059 personnes adultes, âgées de 18 ans et plus en 2019
[2] Sondage IPSOS 2019
[3] Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole et BPCE
[4] Rapport Banking On Climate Change - Edition 2020
[5]Rapport « La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’Etat » d’Oxfam France et Les Amis de la Terre
[6] À l’occasion du Climate Finance Day 2018, les Amis de la Terre France et Oxfam France publiaient deux rapports montrant non seulement que les grandes banques françaises avaient augmenté leurs financements aux énergies fossiles depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, mais qu’elles n’avaient même pas renoncé à soutenir le développement du secteur du charbon.

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